Corriger son inventaire sans effacer l’erreur
Ce qu’un texte réglementaire de 2004 sur les inventaires des musées de France dit des corrections, et ce qu’il ne dit pas.
Carnet de lecture · Période abordée : À travers les époques

Dans cet article
Un jour, la fiche d’un maillot se révèle fausse. L’année notée au moment de l’achat ne correspond pas à l’étiquette, ou le même maillot figure deux fois dans la liste sous deux numéros. Le premier réflexe est de gommer et de réécrire. Les musées font autrement, et leur méthode est écrite noir sur blanc.
L’exemple choisi : un arrêté de 2004
L’arrêté du 25 mai 2004, publié au Journal officiel du 12 juin 2004, fixe les normes de tenue de l’inventaire dans les musées de France et de son contrôle régulier, le récolement. Celui-ci consiste à vérifier, pour chaque bien, sa présence, sa localisation, son état, son marquage et la conformité de son inscription avec l’objet et les documents qui s’y rapportent. Il est obligatoire au moins une fois tous les dix ans.
L’annexe 5 du texte décrit ce qui se passe quand ce contrôle révèle un écart. Trois points intéressent directement un collectionneur.
Ce que le texte permet d’établir
Premier point, le constat ne s’écrit pas sur l’original. Les observations faites pendant le récolement sont notées sur des fiches à part ; utiliser l’exemplaire original de l’inventaire pour ce travail est proscrit.
Deuxième point, une erreur reste lisible. Lorsqu’un bien a été inventorié plusieurs fois, on choisit le numéro qui sera conservé et l’on fait les renvois dans la rubrique « Observations ». Les numéros devenus caducs, s’ils figurent sur l’objet, ne sont pas effacés : ils sont barrés, mais doivent rester lisibles.
Troisième point, la raison est écrite. L’explication du choix est portée au dossier de l’objet. Une correction sans motif n’est qu’une nouvelle affirmation.
Le ministère de la Culture résume l’esprit de l’ensemble en opposant l’inventaire, document « unique et infalsifiable », à la base de données, qui évolue au gré du travail sur les collections.
Transposé dans un carnet de collection
Rien ne vous oblige à suivre ce texte : il s’applique aux musées de France, pas aux collections privées. Sa logique se transpose pourtant facilement. Barrez l’ancienne mention d’un trait, sans la rendre illisible. Écrivez la nouvelle à côté, avec la date de la correction. Ajoutez en une ligne ce qui l’a motivée : une étiquette relue, un document retrouvé, une comparaison. Si vous travaillez sur tableur, gardez une colonne « historique » plutôt que d’écraser la cellule.
Ce qui reste incertain
L’arrêté traite des numéros en double, des biens disparus, détruits ou jamais inventoriés. Il ne détaille pas, dans le passage examiné, la manière de corriger une description erronée, par exemple une date ou un fabricant mal attribués. Appliquer la même règle à ces cas est une extrapolation raisonnable, pas une prescription du texte. Il ne dit pas non plus comment chaque musée l’applique au quotidien : nous n’avons consulté aucun registre réel.


